MARIE LA CROYANTE

Marie ou le signe de l'humanité accomplie.

Marie la croyante : l'ombre de la foi.

Conclusion.

Bernard « chantre de la Vierge Marie! ». Sans doute... Pourtant si la Vierge occupe une grande place dans le cœur de l'abbé de Clairvaux, ses œuvres mariales ne sont pas quantitativement les plus importantes, loin de là. La place de Marie y est centrale dans la mesure où son rôle est lié à l'économie du salut, particulièrement à l'Incarnation. Mais l'humble servante reste une femme, une simple créature, parvenue à son accomplissement, elle est comme un phare, une étoile dans notre nuit. Comme nous elle a fait l'expérience de la foi, Marie la croyante. C'est par son humilité même qu'elle est un guide pour nous, à notre portée : en faire quelqu'un de trop exceptionnel, n'est-ce pas la mettre à distance de nous ? Peut-être est-ce la raison profonde qui a poussé l'abbé de Clairvaux à s'opposer aux chanoines de Lyon, défenseurs avancés de l'Immaculée Conception de Marie.

Marie ou le signe de l'humanité accomplie.

La Vierge Marie ne perdit pas la sainteté et garda l'humilité ; si le roi désira sa beauté c'est parce qu'elle alliait en elle ces deux vertus : il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante. Heureux ceux qui conservent leur vêtement blanc, c'est-à-dire la simplicité et l'innocence, s'ils y joignent les grâces de l'humilité. (SC, 45, 3).

En Marie, l'accomplissement de l'humanité se révèle comme attente, elle est si parfaite dans son humilité qu'elle attire le Verbe. Le Verbe avant de s'incarner est déjà présent secrètement en elle. Comme dans tous ceux qui à un moindre degré cherchent l'époux dans la nuit (cf. note sur l'Eglise). La parole de l'ange en annonçant l'incarnation est signe que cette présence du Verbe est si forte qu'elle devient chair, elle personnalise le Verbe, lui donnant un Nom. De même que la parole des gardes (c'est-à-dire des apôtres) à l'Epouse cherchant dans la nuit lui permet de saisir l'Epoux.

En Marie se révèle l'attitude fondamentale de l'homme face à Dieu. Dans la pauvreté et l'humilité, l'homme n'a aucun droit devant son Créateur. Quand il s'est dégagé de ses fausses prérogatives, il ne reste que l'humilité, non comme un néant mais comme un fondement (fundamentum). L'homme se perd pour se retrouver, accompli dans le Verbe qui s'incarne en lui.

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Marie la croyante : l'ombre de la foi.

La Vierge n'est pas assimilée à l'Eglise universelle, corps de son Epoux. Bernard ne la voit pas comme mère de l'Eglise au milieu des apôtres qui vont répandre la Parole jusqu'aux extrémités de la terre. Plutôt que mère de l'Eglise, elle est la sœur de chaque croyant, le précédant sur la route pour lui montrer la perfection de la foi. Cette foi est d'abord obéissance à la Parole, entendre sans voir : Marie accueille la Parole de l'ange, elle est heureuse d'avoir cru. Pourtant elle nous révèle que la foi vécue en plénitude est aussi ombre, ombre de vie. Bernard interprète curieusement le sens de cette ombre de la foi sur Marie lors de l'Incarnation en l'assimilant à l'humanité de Jésus qui tempère l'éclat de la divinité. La foi est donc positive dans les médiations corporelles, l'expérience d'une présence se révèle comme une lumière tamisée qui est pourtant une certitude. La foi secrètement touche son objet comme Marie portant Jésus dans son sein. Le croyant qui suit Marie rencontre son Fils, il apparaît fort et inébranlable dans sa grande simplicité.

En attendant que la vue soit mise au point, il faut éveiller l'ouïe et l'exercer à recevoir la vérité. Heureux celui à qui la vérité rend ce témoignage : « il m'a obéi dès qu'il a entendu ma voix » (SC 28, 6).

Qu'il me soit fait selon ta parole. Que la parole fasse de moi ce que dit la Parole. Que la Parole qui dès l'origine était auprès de Dieu se fasse chair de ma chair selon la Parole (Hom. 4,11).

Son ombre c'est sa chair, son ombre c'est la foi. Marie fut couverte d'ombre par la chair de son propre Fils. Et même pour moi, la chair du Fils est une ombre protectrice lorsque je le mange dans le sacrement (SC, 48, 6).

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Conclusion.

L'abbé de Clairvaux a su reconnaître à sa juste place la Mère de Dieu, ainsi s'explique sa sensibilité mariale. Sans doute intercède-t-elle pour qu'en chacun de nous se produise une nouvelle incarnation. Cet attachement à la Vierge nous a donné certains des plus beaux textes de la littérature chrétienne. Il nous aide à nous tourner vers elle.

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